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Discours au Salon de l’Agriculture | Emmanuel Macron

September 5, 2019


-E.Macron: Bien. Monsieur le ministre d’Etat,
mesdames, messieurs les ministres. Mesdames, messieurs
les commissaires européens. Mesdames, messieurs
les députés, sénateurs, parlementaires européens. Mesdames, messieurs
les ambassadeurs. Mesdames, messieurs
les représentants syndicaux et de filières. Mesdames, messieurs
les préfets et directeurs. Mesdames et messieurs. Je suis très heureux d’être
avec vous en ce samedi matin et en ce jour,
en effet, d’ouverture de notre Salon
auquel nous tenons tant, pour vous parler d’agriculture
et pour vous parler d’Europe et pour parler,
tout particulièrement, d’agriculture et d’Europe
à la jeunesse qui veut embrasser cette vocation aussi,
parce que c’est une vocation. Et ça n’est pas qu’un métier
ou qu’une activité. Depuis 20 mois, la France a adopté
des mesures fortes pour soutenir son agriculture. Je n’ignore rien des difficultés du quotidien, des drames
qui se jouent encore, de tout ce que,
depuis trop d’années, nous connaissons,
dans certaines de nos régions, dans certaines
de nos filières. Néanmoins, je constate avec vous,
que, parce qu’il y a eu une mobilisation collective,
dans plusieurs secteurs, dans plusieurs régions, les choses
sont en train de s’améliorer. Avec les Etats généraux
de l’alimentation, puis la loi Alimentation, avec le relèvement
du seuil de revente à perte, l’encadrement des promotions, le recours possible
en cas de prix abusivement bas, le gouvernement a pris à bras,
justement, l’enjeu de la répartition de la valeur
entre ceux qui produisent, ceux qui transforment
et ceux qui distribuent les produits agricoles. C’était attendu, soutenu
depuis de nombreuses années, en particulier par l’ensemble
des syndicats agricoles, je dois le dire. Et ça a été fait. Les plans de filières
ont également permis d’obtenir des avancées majeures. Objectifs en matière
de montée en gamme, contractualisation et peu à peu,
s’organise un système où la valeur
doit revenir et reviendra pour une juste part à celles
et ceux qui produisent. Et nous avons fait
sur ce sujet un pari, le gouvernement
avec le Parlement, celui de responsabiliser
les filières. Et ce pari commence
à porter ses fruits. Dans des secteurs
comme la volaille, l’oeuf, la pomme de terre, la transparence
est aujourd’hui faite sur les indicateurs
de coûts de production. Les résultats s’améliorent, parce que des contractualisations
se sont aussi multipliées, permettant de peser davantage
dans la négociation. Je pense par exemple au lait. Et nous obtenons ainsi
de bons résultats dans les négociations en cours. Et je veux remercier
chacun des acteurs d’avoir pris leur part, parce que, par exemple
pour les éleveurs laitiers, c’est l’opportunité de mieux vivre
de leur travail et de retrouver des perspectives. De ces combats,
nous ne lâcherons rien. Toutes les filières,
tous les acteurs doivent continuer à se mobiliser et j’y veillerai
avec le ministre personnellement. Ca ne se fera pas en 1 jour.
Nous le savons bien. Et je sais l’impatience qu’il y a
et je sais que certains se disent: “Est-ce que l’argent est revenu
dans la cour de la ferme?” Pas encore totalement. Les négociations commerciales
sont en cours, qui permettront d’obtenir ce résultat. Mais nous devons avoir
cette vigilance et vous avez raison. Mais ça suppose une responsabilité et une responsabilisation
de chacun, parce que nous n’avons pas décidé
de nous attaquer simplement aux symptômes, de les réparer ou de corriger
avec de l’argent public les séries
de dysfonctionnements. Nous avons décidé de nous attaquer
aux causes profondes. Et donc, il faut progressivement
changer les habitudes des plis qui avaient été mal formés et revenir
sur beaucoup de ceux-là. Mais aujourd’hui,
c’est un nouveau combat que je souhaite
avec vous engager. Devant vous, jeunes agriculteurs
venus de tout le continent, je suis venu évoquer une politique sans laquelle
nos actions nationales seraient inefficaces. Une politique sans laquelle
l’agriculture française ne serait pas ce qu’elle
est aujourd’hui. Je suis venu vous parler de la politique agricole
européenne. Je crois dans la force
du modèle français et je suis, comme vous,
un patriote de notre agriculture. Je crois dans la force
de nos terroirs et l’attachement
que beaucoup d’entre vous ont à leur région, la force
de leur territoire, les AOC, les AOP, ou tout ce qui fait
notre fierté. Mais je sais aussi que cette force
de nos terroirs, de notre pays, ne serait pas la même
sans notre Europe. Et je sais que l’avenir
de ce terroir français, de ces terroirs français,
passe par une politique agricole européenne, protectrice,
pragmatique, ambitieuse, dont nous avons besoin. Pour cela, il y a, si je puis
dire, une exigence première. Une exigence d’unité. Et il s’agit pour moi
d’un enjeu crucial. L’Europe agricole,
qui reste à ce jour la première puissance mondiale, l’Europe agricole qui assure
à tous les peuples une alimentation saine et sûre,
l’Europe agricole qui porte haut cette civilisation du bien-manger,
de la gastronomie, de l’art de vivre,
l’Europe agricole qui, pour vous, pour moi, a toujours été
une évidence. L’Europe agricole
est aujourd’hui menacée. Elle l’est depuis l’extérieur par des grandes puissances
qui n’hésitent plus à adopter des stratégies offensives
pour imposer leurs normes et leurs standards,
par un ordre international qui, à force de considérer
la nourriture comme une marchandise
parmi d’autres, a fini par perdre son âme. Menacée, l’Europe agricole
l’est aussi de l’intérieur par ceux qui, au prétexte
que la PAC serait imparfaite, ou qu’elle n’est pas
leur priorité, voudraient la nationaliser, qui, au prétexte
qu’elle ne répondrait pas à tous les espoirs placés en elle, voudraient une PAC réduite
aux acquis. Si je tenais à m’exprimer
à l’occasion de ce Salon, quelques semaines
avant les élections européennes, et alors que la nouvelle PAC est en cours de discussion
à Bruxelles, c’est donc pour exhorter
à l’unité et à la mobilisation. Et je veux ici,
tout particulièrement, saluer la présence du commissaire Hogan. Merci, commissaire,
pour votre engagement en la matière. Et la présence du ministre,
commissaire Barnier, qui ne se bat pas simplement
pour l’unité de l’Europe dans le contexte du Brexit, mais pour la force
de notre Europe plus largement, dans un monde,
qui, parfois se disloque. Merci à vous 2
d’être présents ce matin, et je le sais, de partager
cette exigence d’unité. En menant ensemble ce combat,
je suis venu vous dire, et à travers vous,
aux agriculteurs, aux dirigeants,
aux peuples européens, que l’Europe agricole
est un bien précieux qu’il nous faut protéger
à tout prix. Car ne nous trompons pas. Le vrai risque qui guette
notre agriculture, ça n’est pas
comme on l’entend parfois, la concurrence
entre Etats européens. Ca n’est pas
pour l’agriculture française, la concurrence
des fruits espagnols pour les arboriculteurs, du porc allemand
ou de la volaille polonaise pour les éleveurs. C’est un défi de chaque jour. Je sais l’impatience
que cela crée, parfois, les distorsions
qu’il faut corriger. Non. Le vrai risque n’est pas là. Le vrai risque qui guette
l’agriculture européenne, c’est ou ce serait
notre dépendance aux importations
d’engrais phosphatés russes. C’est le fait
que 70% du bétail européen soit nourri
par du soja OGM importé et donc, que le prix
de nos oeufs, de nos volailles soit tributaire
de l’augmentation du coût de ces matières premières
qui ne manqueront pas, sous l’effet de l’augmentation
de la demande chinoise, de ce qui peut
progressivement se faire. C’est ça, le vrai défi. C’est progressivement
notre dépendance, à l’égard d’intrants venant
d’autres continents, d’autres puissances, notre dépendance
pour notre propre production et notre souveraineté alimentaire, à l’égard d’autres continents
ou d’autres puissances, qui n’ont plus rien à voir
avec la PAC ou une concurrence au sein de l’Europe, mais dont les intérêts profonds
peuvent être et seront immanquablement,
à la fin, divergents. Alors, on peut bien sûr critiquer certains aspects
de la stratégie européenne. Mais je suis sûr d’une chose,
c’est que sans la PAC, cette politique commune voulue
par les pères fondateurs, les consommateurs européens
ne bénéficieraient pas, aujourd’hui, d’une alimentation
accessible et de qualité. Je suis sûr aussi
que, sans la PAC, l’Europe ne sera pas en capacité de faire valoir
ses choix au monde. Et donc, oui, notre défi,
ça n’est pas simplement, comme le voudraient certains,
de liquider l’héritage de plus de 60 ans
de politiques agricoles communes, de céder au poison lent
de la division, mais c’est bien de réinventer cette politique agricole commune
aujourd’hui. Et c’est pour moi,
une question de souveraineté, de souveraineté alimentaire,
environnementale, industrielle. C’est-à-dire de pouvoir faire,
en tant que citoyens européens, nos choix, et que la jeunesse
européenne puisse les faire. Si nous cédons à l’esprit
de division, alors, dans 5 ans, dans 10 ans, dans 15 ans,
nous ne pourrons plus garantir à nos concitoyens
une alimentation saine, en tout cas totalement traçable
et indépendante en Europe. Nous ne pourrons plus garantir la cohérence
d’une politique environnementale. Nous imposerons à nos producteurs
des normes de plus en plus dures. Mais nous serons dépendants
d’intrants ou d’imports de puissance qui ne respecteront
pas les mêmes règles. Et nous laisserons ainsi
s’effriter des filières, de l’emploi, des territoires
qui dépendent de la force
de cette politique commune. Aucun agriculteur,
aucun consommateur ne souhaite, demain, être soumis aux normes,
aux standards, aux prix, et finalement aux diktats
des non-Européens. C’est pour cela, par exemple,
que nous voulons porter un plan protéines ambitieux
à l’échelle du continent. C’est revenir sur des décennies,
on le sait, de déséquilibre, de dépendance et sur une histoire, en particulier,
avec le continent américain. Et cela a été commencée
au niveau européen il y a plusieurs années. Nous devons l’accélérer
et c’est indispensable en France et en Europe pour pouvoir être pleinement indépendants et pour pouvoir construire
la cohérence de nos filières. C’est une question aussi
de valeurs. Nous cultivons en Europe
une certaine idée du rapport entre l’Homme et la nature,
fondée sur le bien-manger, l’art de vivre, le respect
de la faune et de la flore, et je crois que personne ici
ne veut y renoncer. Et défendre ces valeurs,
c’est vouloir que celles-ci, qui sont portées
de manière inédite en Europe, puissent prospérer. Et vous le voyez, tous ces enjeux
que je suis venu partager aujourd’hui avec vous, vous,
qui aurez à les mettre en oeuvre, à décider des choix à prendre, dans les mois à venir pour les dirigeants européens
et vous, qui aurez la tâche de réconcilier l’agriculture et la société
dans toutes ses composantes. Ce que je crois,
et ce que défendra la France, c’est que la prochaine politique
agricole européenne a d’abord besoin de cette unité. Et ensuite, c’est que cette politique
agricole européenne doit tenir 3 promesses
pour sa jeunesse agricole. Une promesse de protection
des agriculteurs et des consommateurs. Une promesse de transformation
de notre modèle. Vers toujours plus de valeurs
et plus d’écologie. Une promesse, enfin,
d’anticipation, en misant sur la recherche et en assurant le renouvellement
des générations. Et ce sont, sur ces 3 promesses, quelques mots
que je veux vous dire. Promesse de protection, d’abord. L’agriculture est un secteur
fait d’engagés qui consacrent leur vie
à garantir l’un des droits les plus fondamentaux
de l’homme: se nourrir. Et cet engagement oblige,
et c’est pour ça que je disais, il y a un instant,
que notre alimentation, que la nourriture ne sera jamais
une marchandise comme les autres. Cet engagement oblige la société à un devoir de protection
vis-à-vis de toutes celles et tous ceux
qui nous nourrissent. Et ce devoir de protection,
ceux qui ont imaginé puis appliqué la politique agricole commune,
ne l’ont jamais perdu de vue. Quelle que soit la forme
des dispositifs déployés, quotas, aides directes,
la PAC a toujours cherché à protéger les agriculteurs
pour cette raison même. C’est une histoire
qu’il nous faut poursuivre. Et si la France défend
en ce moment à Bruxelles un budget ambitieux pour la PAC, un budget qui doit traduire
les conséquences du Brexit, mais pas plus,
et pas pour 1E de plus, si la France défend
ce budget à Bruxelles, c’est avant tout pour cela,
pour que ce devoir de protection que nous avons
vis-à-vis de celles et ceux qui nous nourrissent, soient honorés
aujourd’hui comme hier. Et que l’on n’aille pas me dire
que ce budget, qui consiste à protéger, viendrait protéger
contre le changement ou du changement. Il faut ne pas avoir regardé
l’agriculture européenne, au 1er chef
l’agriculture française, pour voir les changements
qui ont été effectués. Qu’on me dise
combien de professions ont été ainsi bousculées
par les changements depuis tant de décennies. Non. C’est précisément
que ce ne sont pas des professions comme les autres. C’est précisément
que ce ne sont pas des engagés comme les autres. Et ceux qui ne veulent pas
voir cela nous font courir
un risque fondamental, c’est de voir disparaître
des filières entières et donc, de construire
notre dépendance, là encore, à l’égard de l’extérieur. Doit-on pour autant tout figer? Doit-on renoncer à simplifier
notre système? Je ne crois pas. On peut protéger,
et réaffirmer cette ambition et vouloir et pouvoir faire mieux. En France, et notre pays, je dois
bien le dire, en est responsable, nous avons un système
qui est trop complexe à cet égard. 9 500 mesures
agro-environnementales. Bon courage. Doit-on ignorer les distorsions
fiscales ou sociétales, sociales qui existent
entre les différents pays? Bien sûr que non. Et, en même temps
que nous garantissons les moyens financiers
alloués à la PAC, nous devons sinon la refonder, au moins la faire
évoluer très fortement. L’enjeu principal, c’est de mieux
prendre en compte les aléas comme les catastrophes
climatiques, les chutes soudaines de prix, c’est de mettre en place
au niveau européen une gestion performante du risque. “La vraie protection est là. Celle-ci est, en effet,
aujourd’hui imparfaite. Et j’ai dialogué
avec nombre d’entre vous qui ont encore récemment vécu, pour les uns une sécheresse
très dure, ou une sécheresse, à nouveau, si j’ose le dire ainsi,
très dure. Des inondations pour d’autres. Et je vous ai vu, pour certains,
la boule au ventre, en guettant l’évolution de cours boursiers
qui ne dépendent pas de vous, mais d’un marché aveugle adossé
à la volatilité des prix, qu’il s’agisse du pétrole
ou d’autres matières premières. C’est ça, aujourd’hui, la réalité
de nos agriculteurs. C’est l’angoisse
à l’égard de tas d’aléas face auxquels on ne peut rien. On ne peut rien
face à l’aléa climatique. Et on ne peut rien
quand on est un agriculteur et qu’on n’a déjà pas
de jours de congés face aux cours mondiaux dont on est dépendant
pour produire et vendre. Et donc, face à tout cela
et pour y remédier, je prends ici l’engagement
que soit inscrit dans la nouvelle PAC l’objectif de protéger
les agriculteurs d’Europe des risques climatiques de marché
inhérents à votre métier. Protéger, cela ne veut pas dire, comme on l’a parfois fait
dans les crises récentes, je pense, là aussi,
à la crise laitière de 2015-2016, ça veut pas dire octroyer
d’abord des aides à la production, puis donner des aides pour réduire
la production, avant, finalement, de stocker de la poudre de lait dans une sortie de confusion
absurde en essayant
d’osciller et de s’adapter et chaque fois
aux coups de boutoir, justement, de ces évolutions. Non, c’est développer
une véritable stratégie de gestion des risques. C’est cela, ce que nous devons
faire maintenant pour véritablement protéger. Ca passe d’abord par une réserve
de crises européennes, pluriannuelles, réactives,
pour protéger l’ensemble des Etats membres de l’impact
des crises de marché. Ensuite, par des mécanismes
de régulation des filières plus performants, plus facilement
activables que ceux existants, avec, en particulier,
une meilleure articulation entre dispositifs privés,
responsabilisant les entreprises, et les outils publics
de gestion des risques. Troisièmement,
une diversification des cultures,
des bassins de production et un accompagnement
au changement des pratiques pour mieux s’adapter
au changement climatique. C’est une évolution indispensable et c’est une politique
de prévention, d’accompagnement essentielle. Le tout en conservant les aides
à l’hectare, qui constituent un filet de sécurité
pour les agriculteurs en complément
des dispositifs existants au niveau des Etats
comme l’épargne de protection, que nous venons
de mettre en place en France, lors des dernières
lois de finances. Si l’Europe doit protéger
les agriculteurs, elle doit aussi, et c’est, d’ailleurs, une des vocations historiques
de l’Union, tenir sa promesse de protection
des consommateurs. C’est la protection jumelle. Que demandent de plus en plus
les citoyens européens ? En matière d’alimentation, tout simplement
de savoir ce qu’ils mangent, de savoir où et comment
ce qu’ils mangent a été produit, transformé. Et cette demande, c’est à nouveau
à l’échelle de l’Europe que nous pouvons y répondre. Nous le faisons
quand nous refusons, dans le cadre
des négociations commerciales, que les produits importés
dérogent à nos normes. Et je tiens ici à le redire, c’est, là aussi, notre cohérence
et la force de celle-ci. Si on veut
protéger nos agriculteurs et nos consommateurs, nous devons avoir une politique
commerciale européenne cohérente. Et je le redis avec force, aucun accord commercial
ne saurait autoriser des produits ne respectant pas
les standards européens. Standards environnementaux,
sanitaires et sociaux. C’est notre ligne rouge. Sinon, c’est demander
aux producteurs européens de faire
des efforts, des évolutions et, le jour d’après,
ouvrir des accords commerciaux avec les pays qui ne respectent
aucun des standards que nous sommes
en train de définir. Ce serait absurde. Et, en quelque sorte,
ce serait réduire la compétitivité des producteurs sans garantir la qualité
pour les consommateurs. C’est pour cela
que la France s’est opposée, avec la Commission européenne, à toute négociation commerciale sur les produits agricoles
avec les Etats-Unis. L’Union doit aussi se donner
les moyens de traquer les fraudes, de poursuivre
celles et ceux qui jouent avec la santé des consommateurs, tout en installant des situations
de concurrence déloyale. C’est pourquoi la France,
qui est exemplaire en la matière, comme nous l’avons encore vu
récemment, avec la problématique des viandes frelatées
venant de Pologne, la France porte la création d’une force européenne
pour lutter contre les fraudes et garantir
la sécurité alimentaire. Nous maintenons notre volonté que l’étiquetage
de l’origine des viandes soit indiqué
dans les produits transformés, ce qui est indispensable
pour accompagner ce mouvement, mais, cette force européenne, c’est la garantie d’une politique
ambitieuse, homogène, au niveau européen, en matière d’exigence
sanitaire et de contrôle. C’est la garantie qu’on apporte qu’il n’y ait pas
une forme de dumping sur la qualité
de notre alimentation, qu’il y ait, en quelque sorte, des points d’entrée
ou de faiblesse au sein de l’Europe, où on accepterait moins
de contrôle, moins de qualité et donc, la circulation d’une alimentation moins exigeante
pour nos consommateurs. Face à ce sujet crucial, il nous faut
être plus exigeants encore. Dans de nombreux secteurs,
se développe actuellement la technologie de la blockchain, qui permet de garantir la provenance et la traçabilité
d’un produit. Faisons, à cet égard, de l’Europe
l’avant-garde de la data agricole en développant des outils qui permettront
de suivre chaque produit depuis la production
de la matière première jusqu’à l’emballage en passant par la transformation
et le transport. L’innovation est là et elle est là
dans le monde agricole. Il faut l’utiliser à plein, car elle est au service
de l’excellence, partagée, et elle sera, elle aussi,
au service du consommateur. C’est ainsi que nous pourrons
faire preuve de plus de transparence pour renouer une vraie relation
de confiance entre nos concitoyens. La 2e promesse, c’est la promesse
de transformation vers la qualité et l’écologie, qui réconcilie, là encore,
l’aspiration des agriculteurs, la préférence collective
des consommateurs. Avec le soutien aux agriculteurs,
la PAC répare un peu des imperfections du présent
et des erreurs du passé. Elle doit aussi veiller
à préparer l’avenir en incitant les agriculteurs à investir, à innover,
à accélérer la transition. Et, de ce point de vue, le combat prioritaire
est celui de la valeur. Le défi de l’agriculture
européenne pour demain, ce n’est pas de faire moins cher que les poulets
brésiliens, le lait néo-zélandais ou la viande produite par les “feeds lot”
brésiliens, non. Ni la géographie,
ni notre modèle social, ni notre ambition environnementale
ne nous le permettent. Le défi de notre agriculture,
de l’agriculture européenne, c’est de se différencier,
c’est de s’appuyer sur des savoir-faire
pluriséculaires, sur l’image de qualité
que des décennies d’excellence ont précisément
permis d’acquérir. Le défi de notre agriculture
est bien là. Et cette quête de la qualité
et de l’écologie passe en 1er lieu par la structuration
des filières. Nous avons commencé
à agir au niveau français, et je rencontrerai
encore tout à l’heure les différentes filières. Mais le bon niveau,
c’est le niveau européen. C’est, en effet,
à cette échelle-là qu’il est possible de pratiquer
à plein la segmentation, c’est-à-dire de sélectionner
pour chaque territoire en fonction de son contexte climatique, géologique,
social, culturel, les productions les plus adaptées, celles qui présentent l’avantage
comparatif le plus important. C’est à cette échelle-là aussi
que nous pouvons bâtir des stratégies intégrées en matière de logistique,
de stockage, de transformation. Je pense à la filière blé. Aujourd’hui,
le blé français est concurrencé sur le marché mondial
par le blé russe ou ukrainien, produit dans des fermes
de milliers d’hectares, 10 fois plus grandes que les plus grandes
de nos fermes. Et, sur ce secteur,
en quelques années, le monde s’est transformé. J’évoque le blé russe. Il y a 5 ans, nous parlions là
d’un de nos principaux clients. Il est devenu l’un de nos plus
redoutables compétiteurs. Le monde se transforme
à une vitesse folle. Mais, en seulement
quelques années, la production de blé russe
a doublé, Le blé ukrainien est devenu
un acteur de référence. Et le blé est un actif stratégique qu’il nous faut, bien sûr,
conserver. Mais nous n’y parviendrons pas
en nous positionnant uniquement sur le segment de la compétitivité
coût et sur les flux poussés, parce qu’il sera, on le sait bien,
certaines années, difficile de rivaliser, même sur nos marchés
historiques. Nous devons viser
une plus forte segmentation, certes en gardant
notre capacité de production, mais en misant aussi sur des blés
à forte teneur protéique, sur nos savoir-faire
en matière de planification et en développant
une offre complète, beaucoup plus différenciée. C’est en déployant
une offre technique complète, adaptée
aux besoins de nos clients, en nouant,
sur notre marché domestique, sur les marchés européens
une offre différenciée, en nouant, aussi, une nouvelle relation
avec l’Afrique que nous rivaliserons
et que nous éviterons, en quelque sorte,
la compétition mortifère vers le prix le plus bas. Votre génération,
on ne peut pas lui dire qu’elle va embrasser l’avenir en allant faire la compétition
contre d’autres agriculteurs qui n’ont pas les mêmes normes, n’auront jamais
les mêmes contraintes et vous pousseront
vers le prix le plus bas. Si nous allons
dans cette direction, nous vous condamnons soit aux crises démocratiques
les plus profondes, soit à l’échec climatique, qui serait fatal pour chacun,
soit au malheur. Et donc,
je crois très profondément que nous devons construire sa stratégie de segmentation,
de différenciation, qui, en même temps
correspond à notre ADN profond et à l’ambition
qui a toujours été la nôtre. J’évoquais à l’instant, en parlant
des céréales, l’Afrique, et je veux en dire un mot
tout particulièrement. Chacun connaît ici
les perspectives démographiques du continent africain. Il va voir sa population
doubler d’ici 2050. Et cet enjeu, qui est un défi
pour le continent africain, qui est un défi pour l’Europe
parce que nos destins sont liés, c’est aussi un défi
pour notre agriculture. C’est une opportunité
si nous savons la saisir. Chacun sait les effets qu’exerce
le réchauffement climatique sur la pérennité de la ressource
en eau, la fertilité des sols, avec un désert
qui ne cesse de gagner du terrain. Face à toutes ces perspectives,
l’Afrique, parmi ses principaux défis,
a un défi agricole et alimentaire. L’agriculture sera un pilier, non seulement
du maintien de l’Afrique, mais de sa réussite
de la capacité à offrir un avenir à la jeunesse africaine
de se développer et de se nourrir elle-même. Lors de chacun de mes déplacements
sur ce continent, j’ai perçu cette attente. Et avec l’éducation et la santé,
c’est le 3e pilier pour moi de la stratégie de développement
partagée avec l’Afrique que nous devons conduire. Et qu’elle mette ses savoir-faire,
son expertise au service
d’une démarche de long terme pour développer les filières
agricoles pérennes et rentables en Afrique, c’est le rôle
de la France et de l’Europe. Nos partenaires en Afrique
ne veulent plus des recettes du passé
non plus. Ils ne veulent plus d’une vision
misérabiliste de l’Afrique, d’une vision cantonnée
à la petite exploitation vivrière. Ils veulent construire une Afrique
forte, forte de filières agricoles créatrices d’emplois, de valeurs,
et qui permettront in fine de donner un avenir
aux populations locales. Et précisément sur ce sujet aussi,
nous, la France, l’Europe, nous devons être
au rendez-vous de cette attente. Et je le dis pour l’ensemble
des agriculteurs européens ici présents
comme des décideurs : c’est une opportunité
pour nous à saisir. Opportunité
de développement partagé, opportunité d’exportation
de nos savoir-faire et opportunité
pour nous aider à faire réussir le continent africain. Vous l’aurez compris,
nous devons donc définir des stratégies européennes
filière par filière. Et pour cela,
il faut s’organiser en amont dans les choix de production. Il faut agir en aval, en investissant
dans le maillon industriel pour que la transformation
de nos produits, et donc la captation de valeur,
ne se fasse pas à l’extérieur du continent
mais bien en Europe, sur nos territoires. Et sur ce sujet, c’est en particulier tout le sens
du grand plan d’investissement que nous portons
au niveau national. Et je remercie Olivier Allain
pour son investissement aux côtés du ministre
dans cette entreprise. Et c’est aussi l’ambition
du fonds d’investissement européen doté d’un milliard d’euros
qui vient d’être lancé. Et je tiens à saluer la présence
parmi nous de M. Fayolle, le vice-président de la Banque
européenne d’investissement, profondément engagé
dans cette ambition. Faire bloc plutôt que de nous perdre
dans une concurrence qui nous affaiblit collectivement. Coopérer
plutôt que de nous diviser. Nous comporter en partenaires
et non en concurrents. C’est la ligne que nous ne devons
jamais cesser de suivre. Le combat pour la valeur
passe ensuite par un virage assumé vers ce qui est le combat
de votre génération et qui répond à une demande forte
de plus en plus pressante de nos consommateurs,
de nos citoyens, et tout particulièrement
de notre jeunesse : la protection de l’environnement. Nous avons vu hier la jeunesse
européenne qui s’est mobilisée avec beaucoup de force
et de sincérité, nous l’avons reçue
avec le ministre d’Etat, contre le réchauffement
climatique. Et c’est la même jeunesse
que je vois devant moi qui se mobilise
pour nourrir l’Europe. C’est la même jeunesse.
Il n’y en a pas 2. Et donc,
c’est cette réconciliation de 2 combats essentiels
que nous devons réussir. Ma conviction profonde
sur ce sujet, c’est que les agriculteurs
sont plus que personne attachés à la protection
de la planète, à la préservation
de la biodiversité, parce qu’ils en vivent
et parce qu’ils y vivent. Je sais l’indignation,
la souffrance que beaucoup ressentent
face à ce qu’on appelle désormais l'”agri-bashing”. Mais je veux le dire
sur ce sujet à tous et toutes. Moi, je n’ai jamais vu
quelqu’un de plus sensible à la maltraitance animale
qu’un éleveur, parce qu’il vit avec ses bêtes, parce que celui
qui se réveille la nuit quand il y a un vêlage, celui qui se lève avec l’anxiété
quand la maladie arrive, c’est l’éleveur. Je n’ai jamais vue quelqu’un
d’aussi anxieux pour le changement climatique, le réchauffement,
qu’un agriculteur, parce que celui qui en vit
les conséquences chaque semaine, chaque mois, qui tremble
devant la sécheresse, qui vit les conséquences
de l’inondation, c’est l’agriculteur. Et il n’y aurait pas d’un côté
des consciences du monde qui ne vivraient pas au milieu
de lui, et de l’autre, ceux qui seraient les pieds
dans la glaise et qui seraient
contre le changement. Mais dans quel monde
veut-on vivre ? C’est faux. Simplement,
nous avons un monde à faire avec les contraintes
du quotidien. Et donc, nous sommes engagés
dans une transition profonde où il faut,
dans le respect de chacun, que les uns et les autres puissent
vivre dignement en conduisant ces changements
pour notre environnement. C’est ça,
ce que nous voulons faire et ce que nous avons à construire
au niveau européen. Et donc, ce lien charnel
que les agriculteurs européens ont avec la biodiversité,
avec la lutte contre le réchauffement
climatique, il est existentiel, il est dans l’ADN
de notre agriculture. Et ma conviction profonde,
c’est que les agriculteurs, en particulier les jeunes
que vous êtes, doivent devenir les 1ers militants
de la transition écologique. Encore faut-il, là aussi,
que les pouvoirs publics créent les conditions
de cette transition. Nous avons commencé
à agir en France. Il faut porter cette transition
au niveau européen. La France est depuis longtemps
très en pointe sur le développement
de la certification environnement, de la bio, des mesures
agro-environnementales. Et ceci n’a pas commencé
il y a 20 mois. Je le dis
avec beaucoup d’humilité. C’est une conscience qui a été
portée par les agriculteurs, par les militants environnementaux
qui ont aussi poussé les pouvoirs publics
depuis des années, et par nos prédécesseurs. Nous pouvons et nous voulons aller
encore plus loin aujourd’hui. En proposant qu’une part
significative de la prochaine PAC soit consacrée
à l’environnement. Et parce que préserver la planète
n’est pas une option, ce budget devra concerner
à parts équivalentes et de manière obligatoire
l’ensemble des Etats membres. Notre politique agricole
doit également favoriser la diversification des activités. Oui, il faut encourager
la production d’énergies renouvelables. Oui, il faut favoriser
les initiatives visant à accroître la capacité de stockage carbone
dans les sols. Et c’est le sens du projet
4 pour 1 000 initié par la France. Oui, il faut que la PAC consacre
davantage de moyens à rémunérer les services environnementaux
rendus par les agriculteurs pour lutter
contre l’érosion des sols, préserver les paysages,
entretenir les forêts, stocker le carbone, préserver
la qualité de l’eau, protéger les abeilles,
cette faune, cette flore qui fait la richesse
de notre continent. La France défendra toujours
cette fonction sociale des agriculteurs qui,
par leur travail, sculptent les terroirs
et les paysages. Et qui fait que les agriculteurs
ne sont pas simplement des acteurs économiques,
mais des acteurs essentiels de notre ruralité au quotidien. C’est-à-dire aussi d’une manière
de vivre, d’équilibre de territoire,
d’une manière de préserver la diversité de nos paysages,
de nos territoires et des modes de vie
qui y sont attachés, c’est-à-dire aussi
de notre diversité profonde et essentielle. Et parce que là aussi,
c’est dans l’intérêt de la planète et donc de tous. C’est l’identité-même de l’Europe
que de concilier l’économie et l’écologie
dans un projet progressiste, pragmatique et réaliste. Et donc, c’est cette ambition
que nous défendrons au niveau de la PAC et qui
correspond à l’ambition française que nous portons. La 3e promesse, enfin,
c’est celle d’anticipation. Cela ne vous a pas échappé. Le Grand débat national a remis
sur la table beaucoup de sujets que notre pays a vécus
ces derniers mois ou ces dernières années, qui touchent à notre capacité
collective à anticiper. Pour n’en citer qu’un,
la sortie du glyphosate. J’ai rappelé récemment,
c’était, je crois, en Drôme, M. le Ministre, ma volonté : sortir du glyphosate le plus
rapidement possible sous 3 ans. Et il ne faut pas voir
cet objectif comme une contrainte et il ne faut pas tomber
à l’égard de cet objectif sous de faux débats. C’est au contraire
une opportunité, l’opportunité pour de nombreuses
filières d’évoluer profondément. Rappelons-nous d’abord
d’où nous venions. Nous partions,
en fin d’année 2017, vers 10 ans de renouvellement
d’autorisation du glyphosate, même 15 ans, au départ. La France s’est mobilisée,
nous nous sommes battus pour faire voter
au niveau européen 5 années. Et ce que nous voulons faire nous,
c’est faire mieux. Pas en surtransposant,
c’est l’engagement que j’ai pris, donc pas en passant dans la loi
une contrainte qui aurait créé une différence par rapport
à nos voisins, mais en montrant dans les faits
que nous pouvons le faire en 3 ans par la mobilisation collective,
par des solutions co-construites filière par filière. Je pense très profondément
que nous pouvons y arriver. Je pense d’ailleurs
très profondément que nous sommes en train
d’enclencher la dynamique qui nous permettra d’y arriver. Je veux y voir une opportunité. Par exemple, quand je regarde
le vignoble français, je pense
que nous pouvons en faire le 1er vignoble
du monde sans glyphosate. Dans 80% des cas, cette transition
va d’ailleurs s’effectuer sous 3 ans. Elle s’effectuera parce qu’il
y a des efforts, de l’innovation, la volonté de se mobiliser. L’INRA a identifié des solutions
techniques crédibles. Et l’enjeu réside
dans la mobilisation et l’accompagnement
des filières concernées. Il y a 15% des cas
où les solutions techniques ne sont pas immédiates et où
nous devons nous donner le temps de trouver des alternatives. Mais cette mobilisation
permet déjà un changement. Mais avec des principes simples. Et là aussi, l’ambition doit
nous conduire à être pragmatiques. On ne laissera aucun agriculteur
sans solution parce que sinon,
c’est une impasse et on perd tout. Et on s’assurera
que toutes les alternatives sont évaluées et crédibles. N’allons pas faire sortir
un agriculteur du glyphosate pour l’emmener vers un élément
de substitution qui serait moins bon ou dont les conséquences
peut-être non-évaluées seraient négatives. Là aussi, il faut que l’ambition
ne s’accompagne pas de la précipitation
ou de l’esprit de contradiction. Si nous avons ce pragmatisme,
nous y arriverons et ce sera bon
pour chacun. Mais cet exemple
nous montre une chose. C’est que nous avons manqué
d’anticipation sur ce sujet. Le glyphosate, pour moi,
et les polémiques qu’il y a pu y avoir sur ce sujet,
cela dit quelque chose d’un symptôme collectif. Le symptôme de notre incapacité
à nous appuyer sur la force de nos chercheurs,
de nos scientifiques, pour prévoir et anticiper. On n’a pas découvert
il y a 20 mois que le glyphosate
était un problème. On a trop longtemps refusé
de le voir. Et je me souviens,
je fais référence aux heures de débat
que je partage dans le cadre de ce Grand débat national,
en Normandie, j’ai été, à juste titre,
sollicité par le maire de Créances sur le cas bien connu
de la carotte. C’est un vrai sujet. Mais parce que pendant des années,
on a refusé de le voir. On le savait très bien,
on avait donné des délais. Et en quelque sorte, on a dit :
“Ils ne le feront pas. Allez, on peut essayer
d’attendre encore un peu.” Et à un moment donné, on met les
gens dans une situation d’impasse. Le ministre va s’attacher
à trouver les bonnes solutions. Mais je le dis parce que
la capacité que nous devons construire
à mieux connaître, mieux savoir, mieux anticiper
est absolument fondamentale pour toutes nos filières
et en particulier pour les fruits et légumes
auxquels nous tenons tant. Au fond, pourquoi sur ce sujet
en sommes-nous arrivés là, dans cette forme d’impasse
ou de contradiction ? Il y a 2 raisons principales. La 1re, c’est que nous n’avons pas
pu nous appuyer suffisamment tôt sur des études scientifiques
indépendantes et incontestées sur les risques de cet herbicide
sur la santé humaine et pour l’environnement. Et que nous avons continué,
d’ailleurs, ces derniers mois, à avoir des débats
sur ces risques. Quand, dans des rapports
faisant autorité, on voit des passages entiers
de scientifiques ayant travaillé
pour des industriels qui sont reproduits,
c’est un problème de crédibilité collective qui crée le doute
chez nos concitoyens. Et donc,
ça a favorisé le soupçon, le complotisme parfois,
l’inertie aussi chez d’autres. Pour combler cette lacune,
nous avons besoin de nous doter, au niveau français et plus encore
au niveau européen, d’une véritable intégrité
scientifique irréprochable. C’est pourquoi la France
porte une réforme de l’Autorité européenne
de sécurité des aliments. Cette instance doit étendre
son champ d’action et se mettre en capacité,
justement, d’analyser les dangers et
les risques d’utilisation ou non de telle ou telle
substance chimique. Elle doit devenir entièrement
le tiers de confiance qui réconcilie les agriculteurs
européens et la société. Nous devons, dans le cadre
de cette réforme, apporter toutes les garanties
d’indépendance et de transparence à nos concitoyens
de tous les scientifiques qui contribuent, écrivent ou
s’expriment dans cette enceinte. C’est un élément essentiel,
d’abord parce que nous avons la science européenne
qui permet de le faire, et c’est ce que nous devons
à nos scientifiques. C’est un élément essentiel
du débat démocratique et de la confiance à restaurer. La 2de raison
de la forme d’impasse dans laquelle
nous nous trouvons, c’est notre échec à accompagner
les changements de pratiques. Alors même
qu’il existait des doutes et qu’émergeait dans
l’opinion publique une demande pour sortir du glyphosate. Là encore,
il nous faut tirer les leçons de cela pour l’avenir
et anticiper. En France,
je souhaite que l’INRA, 1er institut agronomique européen et 2e dans le monde, investisse
davantage le champ économique en travaillant avec les instituts
techniques des filières et les Chambres d’agriculture. Il nous faut aussi porter
une recherche agricole européenne. Sur ce point, la France milite
pour que le prochain budget recherche et innovation qui sera
adopté par la commission alloue plus de moyens à
l’agriculture et à l’alimentation. Ainsi pourrons-nous multiplier
des programmes tels que le projet de recherche
sur les alternatives aux pesticides,
qui réunit actuellement l’INRA et 2 instituts allemands dont je salue d’ailleurs
la présence dans cette salle des représentants. Nous venons
par exemple de limiter pour 7 ans la dose de cuivre autorisé
en agriculture biologique en raison des impacts
sur les sols. Nous savons donc qu’il nous faudra
trouver une solution. Quel plus bel objectif
pour la recherche européenne que de trouver une alternative ? C’est exactement
sur ce type de projet concret que nous devons bâtir
nos partenariats, réussir à focaliser
notre recherche européenne, nationale,
et dans le cadre de coopération entre pays européens,
pour bâtir de manière pratique lorsqu’on sait que quelque chose
que quelque chose est mauvais ou qu’il y a un doute,
les alternatives dans la durée. Tenir la promesse d’anticipation,
c’est encore agir, et vous êtes les 1ers concernés pour susciter
de nouvelles vocations. Je parle d’anticiper,
anticiper les crises, anticiper les changements
par la science, les transitions. Mais anticiper,
c’est aussi anticiper la transformation démographique
devant laquelle nous sommes et qui va toucher
notre agriculture et notre capacité à produire. Un agriculteur européen
sur 2 a aujourd’hui plus de 55 ans et partira donc à la retraite
d’ici 2022. Vous m’avez bien entendu. Un agriculteur européen sur 2. Il y a donc une urgence
pour renouveler les générations qui est absolument indispensable. Une société qui ne valorise pas
le travail de la terre, qui ne veille pas sur celles et
ceux qui cultivent, qui élèvent, c’est une société
en danger de mort. C’est une société
qui construit les conditions pour ne pas pouvoir
se nourrir elle-même. Dans un monde
de plus en plus incertain. Et donc anticiper,
parce que c’est le 3e principe d’action que je vous propose
au niveau européen, c’est anticiper
le renouvellement des générations et la bataille indispensable que
nous devons mener pour ce faire. On sait ce qui bloque aujourd’hui.
C’est l’accès à la terre agricole. En raison de 2 phénomènes. Le 1er,
l’artificialisation des terres. La France,
pour ne parler que d’elle, a perdu 1/4 de sa surface agricole
sur les 50 dernières années. Pour y remédier, nous avons fait
ce choix radical avec le gouvernement de viser
le zéro artificialisation net, et donc,
nous sommes en train de voir comment tenir cet engagement, en particulier
dans nos politiques d’urbanisme. C’est un véritable défi
parce qu’il vient à rebours de tout ce que nous avons
fait depuis des décennies. Ou si nous regardons
l’évolution de nos villes ou plus exactement des périphéries
de nos villes ou de nos villages, nous n’avons cessé de grignoter
les terres agricoles pour ouvrir
des zones commerciales, des zones industrielles
ou des zones de logistique. Il faut rompre
avec cette pratique. Et là aussi, le combat agricole est pleinement réconcilié
avec le combat écologique. Parce que cette extension
progressive est mauvaise sur le plan environnemental. Et donc, le zéro artificialisation
net, c’est un vrai changement de l’organisation de notre
urbanisme et de nos pratiques. Le 2d phénomène a été
la concentration des terres. Si l’on résume, nous nous
trouvons dans une situation où les agriculteurs qui partent
à la retraite ont tendance à vendre à leurs voisins
plutôt qu’à des jeunes. Au niveau individuel, c’est bien naturel,
on cède à celui qu’on connaît. Au niveau collectif,
en revanche, l’effet peut parfois
s’avérer dramatique. Si rien n’était fait,
dans 5 ans, des exploitations auront disparu. Et la France ne comptera plus
que 300 000 agriculteurs. C’est ça, le mouvement naturel
qui est le nôtre si rien n’est fait au
niveau européen. En 50 ans,
nous n’aurons pas renouvelé notre capacité à produire. Aucun Français, aucun Européen
ne souhaite cela. C’est pourquoi nous prendrons
des mesures fortes pour faciliter l’accès au foncier
pour les jeunes agriculteurs. Nous le prendrons d’abord
dans le cadre d’une loi foncière à venir. Nous prendrons aussi cela
en complément d’autres mesures que nous souhaitons
mettre en oeuvre pour accompagner l’installation
et le développement des jeunes agriculteurs
et nous le prendrons au niveau européen
en intégrant cet enjeu dans le cadre
d’une négociation de la PAC. Je souhaite enfin que la PAC
favorise la constitution d’une culture commune à tous
les agriculteurs du continent. C’est déterminants car, vous l’avez compris,
ce qui nous tient, ce qui unit les agriculteurs
d’Europe par-delà les spécificités nationales,
ce sont des valeurs communes, un modèle
qu’il ne faut jamais cesser de cultiver et d’entretenir. C’est pourquoi un projet
comme l’Erasmus Farmers est si important
et doit être soutenu, qui permettra aux jeunes futurs
agriculteurs de voyager et d’aller passer un semestre, une
année dans un autre pays européen pour y voir les techniques
agricoles, les spécificités, les bonnes pratiques
qu’on peut reproduire, mais aussi connaître la diversité
de nos terroirs européens. Comme doit être soutenu
le sommet international des jeunes agriculteurs qu’aura
l’honneur d’accueillir Paris en avril prochain, au cours duquel
je suis sûr que les jeunes agriculteurs d’Europe
feront valoir leurs spécificités. Cette culture commune
est absolument indispensable et est à bâtir. Voilà donc, mesdames et messieurs,
chers amis, ce qui doit nous guider. Une exigence, l’unité. Et une triple promesse :
protéger, transformer, anticiper. Tels sont les piliers de l’Europe
agricole que nous voulons. Alors, si nous parvenons à tenir
ces 3 promesses, l’Europe sera plus forte. Et parce qu’elle sera plus forte,
elle sera plus audible, elle sera plus crédible. Pour défendre cette évidence
que les produits agricoles et alimentaires ne sont pas
des produits comme les autres, pour porter cette idée que
protéger l’eau, l’air, la terre, tous ces biens communs
qui sont la condition de toute culture
doivent être une priorité de l’agenda international. Pour dire avec force que nourrir
10 milliards de femmes et d’hommes dans un contexte de réchauffement
climatique, avec son cortège de sécheresses, d’inondations,
de catastrophes naturelles, dans un contexte de perte
de fertilité des sols, est un défi
qui ne se relèvera pas par la seule
main invisible du marché ni par la loi du plus fort,
mais par le dialogue, par un multilatéralisme renouvelé,
par la conscience lucide que nous avons en partage
la même planète, la responsabilité de son destin
et celui de l’humanité. Au fond, en matière agricole, comme dans de nombreux
autres domaines, nous devons inventer
un nouveau contrat mondial. Oui, nous devons être
à l’offensive en portant une refonte profonde
des règles commerciales. Je l’ai évoqué
il y a quelques mois en m’exprimant devant l’OCDE. Ces règles conçues il y a près de
30 ans sont devenues obsolètes. Et pour ce qui est
de l’agriculture, elles conduisent à une course
au moins-disant environnementale. Elles organisent
une quête des prix bas qui met en péril tout
à la fois les droits sociaux les plus élémentaires
des travailleurs agricoles, leur santé
et celle des consommateurs. De tout cela, nous ne pouvons
nous accommoder dans une forme
d’immobilisme coupable. C’est pourquoi la France
défend devant l’OMC la prise en compte des enjeux
sociaux et environnementaux comme critères décisifs des règles
commerciales internationales. C’est pourquoi la France oeuvre
pour que le codex Alimentarius créé par les Nations unies
et la FAO puisse être redynamisé
et constituer pour tous les pays du monde
la grammaire commune d’une alimentation
et d’une agriculture saine. D’aucuns ne manqueront pas
d’affirmer que ces projets sont utopiques,
que le multilatéralisme est une chimère qui
appartient au passé. Les mêmes qui pensaient d’ailleurs
que le monde n’allait pas changer il y a quelques années. Les mêmes qui pensaient
qu’il était impossible d’aller bloquer les géants
du numérique, de les taxer, de bousculer les choses. Je les ai entendus
depuis longtemps. Faites-moi confiance. Que les gens qui vous disent
que c’est impossible ne vous encouragent
qu’à une chose : le faire encore plus vite
et plus fortement. Ce nouveau contrat mondial,
c’est celui que nous devons bâtir parce que nous aurons justement
construit une France agricole et alimentaire forte
et une Europe agricole plus forte. Voilà, mesdames et messieurs,
l’agenda que je veux porter dans le cadre de la présidence
du G7 que nous avons
depuis le 1er janvier et qui fait partie
des grands sujets que nous aurons à conduire
dans les prochains mois et que les ministres auront
à discuter avec leurs collègues. Chers amis, l’Europe agricole
telle que je la conçois, c’est celle que je viens
de vous exposer. Je sais qu’elle doute aujourd’hui
et qu’elle a peur. Je sais que plusieurs filières
aujourd’hui craignent un contexte changeant. Je sais que nos pêcheurs
craignent les effets du Brexit. Je veux leur dire ici
notre engagement plein et entier. Nous n’avons pas choisi,
nous, peuple français, c’est le choix souverain
du peuple britannique. Je rendais, tout à l’heure,
hommage à Michel Barnier. Il défend l’intérêt
commun européen. Et dans ce contexte, nous défendrons
nos pêcheurs et leurs intérêts. Nous défendrons
toutes nos filières avec force face à ces changements subis. Mais plus largement,
nous défendrons l’ensemble de nos agriculteurs
en ayant une Europe qui protège, qui protège les peuples
comme les travailleurs, une Europe qui fait de l’écologie et de la protection
de l’environnement une des priorités cardinales,
une Europe qui prépare l’avenir, qui cherche toujours
à avoir un temps d’avance, consciente que le monde
ne l’attend pas. Mais parce que l’agriculture
est le miroir des sociétés, c’est aussi une Europe qui doit
être fière de son histoire, de ses valeurs, de ses terroirs, qui défend un rapport à
la nature fondé sur le respect, qui défend une ruralité
qui n’existe nulle part ailleurs, qui ne cède rien
de cet art de vivre qui a toujours été
au coeur de notre identité, une Europe qui porte haut,
finalement, ce modèle de civilisation
qui la tient et qui unit ses peuples. Alors, merci, à chacune
et à chacun d’entre vous, pour l’engagement mené
depuis parfois plusieurs années ou plusieurs décennies
pour cette agriculture française et cette agriculture européenne. Et merci pour les plus jeunes
d’avoir décidé d’embrasser ce métier formidable,
ce métier, non, cette vocation,
cette vie d’engagement, de nourrir,
de changer, de protéger, de contribuer, en effet
à cette aventure de nos paysages, de nos terres et du vivant, qui est votre engagement
au quotidien. Merci à toutes et à tous. Vive la République. Vive la France
et vive notre Europe. (Applaudissements) (Applaudissements)

12 Comments

  • Reply pierre foul February 23, 2019 at 3:48 pm

    COMBIEN ce larbin complètement allumé des rothschild est il payé pour vendre sa daube avariée ?

  • Reply pierre foul February 23, 2019 at 3:48 pm

    COMBIEN ce larbin complètement allumé des rothschild est il payé pour vendre sa daube avariée ?

  • Reply pierre foul February 23, 2019 at 3:48 pm

    COMBIEN ce larbin complètement allumé des rothschild est il payé pour vendre sa daube avariée ?

  • Reply pierre foul February 23, 2019 at 3:48 pm

    COMBIEN ce larbin complètement allumé des rothschild est il payé pour vendre sa daube avariée ?

  • Reply pierre foul February 23, 2019 at 3:48 pm

    COMBIEN ce larbin complètement allumé des rothschild est il payé pour vendre sa daube avariée ?

  • Reply pierre foul February 23, 2019 at 3:48 pm

    COMBIEN ce larbin complètement allumé des rothschild est il payé pour vendre sa daube avariée ?

  • Reply p p à c p p à c February 23, 2019 at 11:46 pm

    Bon Bon Bon Bon
    Bon Bon Bon Bon
    Bon Bon Bon Bon
    Bon Bon Bon Bon

  • Reply Gurgurgluk Astur February 24, 2019 at 1:57 pm

    Que du blabla, c'est l'UE qui fixe les règles, pas vous, et c'est dans les coulisses du parlements UE et de la commission UE que se décident ce que doit être et comment doit être l'agriculture en France! Vous pouvez toujours endormir les 15% de français qui vous écoutent encore, de toute façon, ce sont des hypocrites finit, comme vous tous au gouvernement…
    Bande de petits joueurs, vous avez les moyens de changer le monde en bien et améliorer la vie de millions de gens et vous vous soumettez à quelques prétentieux qui servent le diable sur terre, plutôt que le Seigneur et le bien commun… Vous avez pris une très lourde responsabilité sur vos épaules en demandant le pouvoir, Monsieur Macron, et je vous assure que le jour où vous serez interrogé par le Seigneur au sujet de vos actions, vous allez pâlir et vous décomposez, bien plus que lorsque le président du CRIF vous a forcer la main et le bras pour vous présenter comme un trophée à ceux à qui vos maîtres…
    Tout ce pouvoir, c'est autant de péchés et de regrets pour vous, qui ne croyez pas en l'au delà!
    Vous êtes prévenus!

  • Reply J S February 25, 2019 at 1:02 am

    J'aime bien ce Président . J'aime les gens travailleurs, combatifs et ambitieux porteurs d'espérance . C'en est un!

  • Reply Bertrand Desbrosses February 26, 2019 at 7:25 pm

    D accord avec Jeremie

  • Reply daniel lorenzo March 13, 2019 at 2:55 am

    stéphane lefoll, ex ministre de l'agriculture, sur l'agroécologie : https://www.youtube.com/watch?v=rHqEJNpZJIM

  • Reply MURIEL JASMIN March 17, 2019 at 12:00 am

    #europe #normandie #agriculture #filièreagricole

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